Volume 23, number 1, février 2009

L’infrarouge pour une production agricole performante

L’agriculture est un important moteur de l’économie québécoise. Effectivement, les ventes de productions animales au Québec ont atteint 3,8 milliards de dollars en 20061. Ces ventes représentaient alors 62 % des ventes agricoles totales. Différents moyens de chauffage de l’espace à gaz naturel peuvent entraîner des économies d’exploitation et aider à la productivité de ce secteur d’activité majeur pour le Québec2.

Le secteur avicole regroupe différents types de production d’oiseaux : poulet, dindon, caille, pintade, etc. On les distingue aussi selon le type de produit final : viandes (à griller, à rôtir, de grain), œufs de consommation, œufs d’incubation. La production de poulets à griller est la plus importante en termes de nombre d’exploitations et de taille du cheptel.

Ainsi, les ventes provenant du secteur avicole ont atteint 575 millions de dollars en 2006. De ce montant, 72% sont issus de la production de poulets. Les 28% restants sont attribués à la vente de dindons, d’œufs de consommation et d’œufs d’incubation.

Du point de vue de la consommation énergétique, le chauffage de l’espace représente la dépense la plus importante, suivi de loin par l’éclairage et la ventilation. En effet, les producteurs doivent chauffer et ventiler l’année durant pour assurer le confort des bêtes et obtenir une bonne croissance. La ventilation est nécessaire à l’évacuation des vapeurs d’ammoniac générées par les fientes, l’aération générale du bâtiment et l’évacuation des produits de combustion dans certains cas.

Lors de l’arrivée des poussins à la ferme à l’âge d’un jour, la température ambiante intérieure doit être de 32°C. De plus, cette température est diminuée progressivement au fur et à mesure que les poussins croissent. Un contrôle adéquat de la température assure une croissance et une conversion alimentaire optimales.

Les éleveuses

Traditionnellement, les producteurs québécois utilisent davantage les éleveuses (figure 1). Les produits de combustion dégagés directement dans l’air ambiant augmentent le niveau de CO2 et d’humidité lorsqu’on les utilise. Aux dires de certains producteurs, les éleveuses sont peu efficaces et ont une durée de vie limitée, car elles sont très sensibles à la poussière constamment présente dans les poulaillers et produite par l’activité des poulets qui s’agitent dans les copeaux de bois. Le moindre courant d’air éteint la flamme des brûleurs, ce qui cause des problèmes de fiabilité. Des systèmes de chauffage radiant électriques sont parfois utilisés, mais ils nécessitent autant d’entretien et leur exploitation demeure chère.

 

Figure 1 : Éleveuse

Figure 2 : Tube radiant à basse intensité

L’infrarouge

On constate que les équipements de chauffage infrarouge (basse ou haute intensité) sont très répandus en Ontario ; la situation au Québec est tout autre. La valorisation de ces équipements dans le secteur agricole québécois représente donc un beau défi. Actuellement, la sélection des appareils de chauffage se fait souvent en fonction de la disponibilité des produits offerts chez le détaillant, qui garde lui-même en inventaire des unités que les producteurs achètent par « tradition ». Les prix d’acquisition élevés des équipements infrarouge les rendent, de prime abord, peu compétitifs. Il faut briser ce cycle. En fait, ce type d’appareils possède de nombreux avantages quant à l’exploitation.

Grâce à l’expérience ontarienne, les manufacturiers doivent revoir la promotion de leurs produits au Québec et désormais proposer des produits adaptés au contexte particulier qu’est celui du secteur avicole.

L’expérience démontre que les tubes radi-ants à basse intensité (figure 2) constituent une solution de choix dans certains secteurs agricoles comme les poulaillers. Ainsi, les technologies à rayonnement infrarouge à basse intensité conviennent généralement aux bâtiments bien isolés et
à plafond bas, où les courants d’air sont limités. Leur efficacité de rayonnement est supérieur à 40 %. Elles ont l’avantage de pouvoir être approvisionnées directement d’air extérieur pour la combustion. De plus, les produits de combustion peuvent être rejetés à l’extérieur du bâtiment, réduisant par le fait même les besoins en -ventilation et les effets négatifs de ces rejets sur l’air ambiant.

Tableau 1 – Comparaison de l’efficacité de rayonnement de différentes technologies

  Éleveuse à convection Éleveuse à rayonnement Panneau radiant (haute intensité) Tube radiant (basse intensité)
Efficacité de rayonnement 25-30 % 35-40 % 55 % et + 40-45 %

Tableau 2 – Avantages et inconvénients des diverses technologies

Éleveuse à gaz naturel Tube radiant à gaz naturel
Avantages Avantages
  • coût d’achat faible
  • technologie simple dont l’entretien peut être fait par l’éleveur
  • produits de combustion rejetés à l’extérieur
  • combustion stable (brûleurs scellés)
  • aucun ajustement manuel à faire
  • efficacité de rayonnement supérieure à celle des éleveuses
  • utilise l’air extérieur
  • risques de propagation de maladies réduits
  • plus longue durée de vie des équipements
Inconvénients Inconvénients
  • nécessite beaucoup d’entretien
  • combustion instable
  • ajustement manuel de la hauteur (température au sol)
  • faible efficacité de rayonnement
  • produits de combustion rejetés dans le bâtiment
  • utilise l’air ambiant
  • durée de vie des équipements plus courte
  • prix d’achat plus élevé
  • installation plus coûteuse (conduits d’évacuation et d’air de combustion)
  • l’entretien doit être donné en sous-traitance

Cette technologie possède plusieurs avantages :

  • elle permet de rejeter les produits de combustion à l’extérieur, ce qui réduit l’humidité absorbée par les copeaux de bois et, par le fait même, les risques de propagation de maladies;
  • elle permet d’ajuster la température intérieure en fonction des besoins du moment;
  • elle élimine les manipulations puisque la hauteur n’a pas à être ajustée pour suivre la croissance des bêtes ;
  • elle élimine les risques que représente une flamme nue à la hauteur des poulets;
  • selon tous les manufacturiers, elle augmente la productivité des fermes en raison d’un confort accru des bêtes. Dans ce milieu, la volaille ayant subi moins de stress produit une chair de meilleure qualité et une meilleure cote à l’abattoir.

Les coûts d’utilisation des tubes radiants sont inférieurs à ceux des éleveuses puisque l’efficacité de leur rayonnement infrarouge est supérieure. Les tubes ont en effet une efficacité d’environ 40 %, alors que celle des éleveuses est estimée à 25 %. Pour fournir une même quantité de rayonnement infrarouge, les tubes radiants consommeraient donc 38 % moins de combustible. Cette hypothèse implique que le mode de fonctionnement des deux types d’équipement est similaire (température au sol, ventilation, etc.). De plus, en utilisant les tubes radiants à gaz naturel plutôt qu’au propane, le client obtient des économies additionnelles en raison des différences tarifaires en plus de bénéficier d’une alimentation en continue grâce à un réseau souterrain à l’abri des intempéries.

Le remplacement des éleveuses par des tubes radiants à gaz naturel génèrerait près de 3 000 $ d’économies annuelles pour un producteur type, et ce, sans compter les économies pouvant provenir d’un accroissement de productivité lié à une mortalité réduite et à un meilleur classement des volailles à l’abattoir.

Marie-Joëlle Lainé, ing.
Conseillère technique
Groupe DATECH

Marc Beauchemin, ing., CEM
Conseiller technique
Groupe DATECH

1.  Ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec, Recettes monétaires agricoles 1999-2006.

2.  Cet article est basé sur une revue technique des équipements de production agricole réalisée par le Centre des technologies du gaz naturel (CTGN) en août 2003.