Volume 29, numéro 2, août 2015

Lean energy – Kaizen – SME : Mieux qu’hier, moins bien que demain (dicton japonais)

Depuis plusieurs années, beaucoup d’entreprises implantent des mesures et des technologies efficaces afin d’augmenter leur performance, de contrer les instabilités des prix d’énergie et de rencontrer les nouvelles réglementations visant la réduction des émissions de gaz à effet de serre. On peut maintenant se poser la question : que pouvons-nous faire de plus pour continuer à réduire notre consommation d’énergie et notre empreinte environnementale ?

La réponse : le Lean energy qui propose une stratégie et un coffre à outils pour améliorer sur une base continue l’efficience opérationnelle tout en réduisant les coûts d’énergie et les émissions de gaz à effet de serre. Il est maintenant clair que l’atteinte du plein potentiel d’une entreprise exige la prise en compte des dimensions technologique, organisationnelle et comportementale. Toutefois, dans les dernières années, les entreprises se sont surtout penchées sur la dimension technologique au détriment des deux autres dimensions. Il reste donc de la place pour encore faire mieux en optimisant ces deux autres dimensions. 

Voyons ce qu’implique le Lean energy et comment ce processus permet de rencontrer nos objectifs de réduction de consommation énergétique.

Quelques définitions

Lean energy

Originaire du Japon, le Lean management est une philosophie de gestion qui veut dire littéralement : gestion maigre. Ainsi, l’organisation du travail fait en sorte que les employés soient mobilisés pour identifier et éliminer le gaspillage énergétique. Ils intègrent la question énergétique dans leurs activités quotidiennes. Il n’est pas ici question de remplacer des appareils, mais plutôt de les rendre plus performants en s’assurant qu’ils fonctionnent de façon optimale. Cette approche permet de prendre en compte différents aspects de la réalisation d’un projet : la technologie, les structures de gestion, et les comportements humains. Bien que la technologie et la rentabilité soient au cœur des décisions en efficacité énergétique, la contribution des ressources humaines est très importante en ce qui a trait à la pérennité des mesures et à l’amélioration continue.

Kaizen – Chasse aux trésors

L’intégration dans une entreprise d’une démarche Lean energy ne se fait pas de façon automatique. Il existe différents outils dans le marché. Ainsi, un processus d’amélioration continue adapté à l’énergie, comme la démarche Kaizen ou encore la chasse aux trésors proposée par ENERGY STAR peut très bien être utilisé. Il s’agit d’une activité intense, de quelques jours, qui implique des intervenants de l’entreprise, à tous les niveaux de décisions. Cette démarche permet de recueillir des faits et des données afin d’obtenir une image la plus réelle possible de la consommation d’énergie :

  • De quelle façon l’énergie est-elle consommée : où, combien, quand, quel type d’énergie ?
  • Comment le procédé consomme-t-il de l’énergie ?
  • Où les pertes se situent-elles ?
  • Comment répondre adéquatement aux besoins énergétiques ?
  • Quelles sont les pistes d’amélioration ?

Tout le monde doit contribuer, à la hauteur de ses responsabilités, à trouver des réponses factuelles à ces questions. À la fin de ces journées de réflexion et d’analyse, une liste de projets potentiels est dressée afin d’optimiser la consommation d’énergie. Parfois, des projets très rentables sont implantés pendant la démarche. Dans l’esprit Lean, on privilégie les projets à haut rendement qui touchent les façons de faire plutôt que le remplacement d’appareils. Cette approche d’amélioration continue ne constitue pas un audit énergétique puisqu’entre autres, les employés sont directement impliqués et les opérations sont remises en question et optimisées dans le but d’améliorer la consommation énergétique.

SME – Système de management de l’énergie

Sachant que le Lean energy intègre non seulement la dimension technologique des projets, mais aussi la structure de gestion et les comportements humains, il convient d’inclure à la démarche un système de management de l’énergie (SME). Il ne s’agit pas ici d’un logiciel de contrôle ou d’installation d’accessoires électroniques. Le SME permet d’obtenir une vision globale des enjeux énergétiques d’une entreprise. De la ligne de production jusqu’au conseil d’administration, tout le monde est concerné, impliqué et sensibilisé. En termes de gestion énergétique, un SME permet de développer une manière de faire propre à une entreprise afin de répondre à plusieurs questions, comme celles-ci :

  • Quels sont les objectifs à atteindre ?
  • Quel est le rôle de chacun ?
  • Quand et comment assurer un suivi et qui en est responsable ?
  •  …

La figure 1 illustre l’approche tridimensionnelle du Lean energy. Le Kaizen et la chasse aux trésors sont des exemples d’outils performants pour la technologie, et le SME touche plutôt la structure de gestion et la culture de l’entreprise. Les éléments qui composent le SME sont illustrés dans la figure 2. C’est manifestement une démarche d’amélioration continue, puisque pour faire suite à la détermination d’objectifs, un plan d’action est défini. Des mesures sont ensuite implantées, validées et corrigées en fonction des indicateurs de performances préalablement définis. La norme ISO 50001 ou les lignes directrices ENERGY STAR présentent une méthode afin d’aider les organismes à établir les systèmes et processus nécessaires à l’amélioration de leur performance énergétique, tant du côté de l’usage, de la consommation et de l’efficacité.

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Figure 1 : Les 3 cercles Technologie et outils Lean, Structure de gestion, et Culture et comportement.

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Figure 2 : Schéma de l’atelier 3 jours SME.

 

Des résultats d’amélioration concrets

Des entreprises d’ici ont osé intégrer cette philosophie dans leur processus. En peu de temps, plusieurs projets en économie d’énergie ont vu le jour. En moyenne, les projets québécois ont économisé plus de 20 % de leur consommation d’énergie thermique. Le tableau suivant illustre un exemple :

 
Entreprises Nombre de projets – total PRI ≤ 3 mois  3 mois ≤ PRI ≤ 1 an
Kruger Bromptonville 22 10    9

L’usine de Rio Tinto Alcan à Beauharnois a adopté cette démarche. Depuis 2011, la consommation de gaz naturel a diminué de 8,65 %, alors que la production a augmenté de 15 %.

Aux États-Unis, dans le cadre du programme de certification Superior Energy Performance (SEP), plus d’une vingtaine d’usines nord-américaines ont implanté la norme ISO 50001. Les économies mesurées et certifiées de ces entreprises ont parfois été de l’ordre de 25 % et plus sur trois ans ! L’approche Lean energy, les outils Kaizen et ENERGY STAR, et bien sûr le SME, sont des outils efficaces pour ceux et celles qui ont à cœur la consommation d’énergie de leur entreprise. Il est ainsi possible, non seulement d’implanter des mesures d’économie d’énergie, mais de suivre leur performance et aussi d’impliquer tout le monde dans la réussite et l’atteinte d’objectifs nobles. L’entreprise devient plus productive et la société se porte mieux grâce entres autres à la réduction de GES.

 

Marie-Joëlle Lainé, ing., Groupe DATECH, Gaz Métro

Merci à M. Jean Claude Paradis , Directeur projet sénior de Stantec

 

Pour vous permettre d’approfondir le sujet, voici quelques références :

 

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