Volume 27, numéro 1, juin 2013

La Tour des Canadiens, un défi de taille

Les Canadiens de Montréal font partie intégrante de l’histoire du hockey en Amérique du Nord : il s’agit de la plus vieille équipe de hockey au monde, laquelle fait également partie des six équipes originales de la LNH et, encore à ce jour, c’est l’équipe qui a soulevé le plus souvent la coupe Stanley. Prochainement, le Fonds immobilier de solidarité FTQ, Cadillac Fairview, Canderel et le Club de hockey Canadien ajouteront une autre réussite à leur histoire et cette réussite a, en fait, bien peu de choses en commun avec le hockey. Il s’agit de la Tour des Canadiens, un nouveau projet de construction qui, avec 552 unités, 51 étages et une superficie totale de 462 000 pi2, deviendra la plus haute tour à condominiums de Montréal.

Un bâtiment d’un tel prestige n’est pas simple à concevoir. Plusieurs éléments ont été brillamment et efficacement pensés afin de répondre aux exigences élevées de cet immeuble.

L’équipe de conception, au cours de la réalisation, a fait face à quelques défis. Le premier à relever concernait la façon de transporter l’énergie dans le bâtiment. On a donc choisi d’installer une boucle d’eau mitigée alimentée par les gains internes récupérés des restaurants et espaces commerciaux, zones très exothermiques. Cette boucle permet de diriger et canaliser l’énergie aux bons endroits selon les besoins du bâtiment.

Dans le cas où la demande de chauffage est plus grande que les gains internes, les trois chaudières, d’une capacité totale de 10 500 000 BTU/h, assurent une bonne température de la boucle d’eau afin de fournir l’énergie nécessaire.

Le chauffage des unités est assuré à l’aide de pompes à chaleur à haute efficacité et distribué par une ventilation minimaliste compte tenu de l’espace disponible pour les conduits. Un diffuseur placé à l’entrée de chaque pièce assure un brassage d’air à la bonne température.

Un second défi à la conception était d’assurer une bonne ventilation tout en diminuant l’utilisation de conduits afin d’optimiser l’espace de chacune des unités et conserver ainsi de hauts plafonds. De plus, considérant la hauteur des plafonds, le fait de chauffer le périmètre jusqu’au sol par la ventilation devenait problématique. Afin de contrer l’effet de radiation due à la grande fenestration et à la hauteur du bâtiment, les concepteurs ont opté pour l’installation, en périmètre, de plinthes électriques et ce, en complément des pompes à chaleur.

Un troisième défi de taille rencontré par l’équipe de conception concernait le balancement d’air. L’effet cheminée dans un bâtiment de grande hauteur est très difficile à contrôler. Il devient donc important d’opter pour une stratégie de ventilation mécanique limitant les ouvertures entre les étages telles que les puits verticaux et autres. Dans le contexte d’une conception normale, des systèmes de ventilation sont installés sur le toit pour alimenter l’air chaud vers le bas et l’évacuer en remontant vers le haut. Or, dans ce cas, une mauvaise condition de tirage aurait entraîné l’air chaud vers l’extérieur, ce qui aurait engendré un effet cheminée énorme dû à la hauteur du bâtiment et un certain inconfort aux occupants. Afin d’éviter ce phénomène, la ventilation de chaque étage est indépendante de l’autre afin de limiter au minimum l’effet cheminée. Notamment, la pressurisation des corridors communs est assurée par des systèmes indépendants pour chacun des étages. Chaque unité de condominium est ventilée de façon indépendante et l’évacuation se fait à chaque étage. Ainsi, les seuls puits verticaux demeurent les ascenseurs et la chute à déchets.

L’un des derniers défis, également relié à la hauteur du bâtiment, s’est rapporté à la pressurisation des systèmes d’eau domestique et de protection incendie. Dans ce cas-ci et afin d’assurer une alimentation d’eau de qualité à l’ensemble des copropriétaires, le bâtiment est muni de pompes d’eau domestique à vitesse variable de type multistages pressurisant approximativement 1 000 US gpm d’eau à plus de 300 psi. Un système de pompage en série (pompes situées au sous-sol et au 10e étage) assure la protection du bâtiment contre les incendies. Ce système fournit les pressions requises au niveau de la protection incendie du bâtiment.

Il est important aussi de souligner que 4 000 gallons de réserve d’eau chaude sont produits par des chaudières à condensation alimentées aux gaz naturel totalisant une capacité de 13 000 000 BTU/h. L’équipe de conception devait assurer également une pression constante à chaque étage. C’est donc pour cette raison que des réservoirs sont  installés au 10e et au 51e étage afin de séparer le bâtiment en deux. Un premier système, installé au 10e étage, assure l’alimentation de la première moitié de la tour tandis que l’alimentation de la partie supérieure est réalisée par gravité à partir du 51e étage.

En somme, la hauteur du bâtiment et le nombre d’unités ont soulevé plusieurs défis de taille auxquels l’équipe de conception a trouvé des solutions. Scinder le bâtiment, éliminant ainsi le problème lié à la hauteur, est à la base de ces décisions et constitue une solution transférable à d’autres projets de construction.

Dominique Frenette, T.P., PA LEED BD+C
Directeur, Marché commercial
Bouthillette Parizeau

Sami Maksoud, ing, CMVP, LEED GA®
Conseiller relationnel et Efficacité énergétique
Groupe DATECH